LITTERATURE FEMININE MODERNE
Je donne dans le cadre de l'Université pour Tous de Puisaye-Forterre (si, si,on trouve cela sur les cartes, à cheval sur les départements de l'Yonne et de la Nièvre) un cours hebdomadaire consacré à la littérature féminine.
En la matière, formé par des hommes en un temps où l'enseignement et surtout la recherche critique ne s'étaient pas encore féminisées au point que l'on sait, j'avais moi- même beaucoup à découvrir. Je connaissais les deux femmes par siècle consacrées par les histoires de la littérature – et quelques autres par leur seul nom d'épouse. J'ignorais les prénoms, le patronyme était précédé de Madame de... (alors qu'il est mauvais goût d'appeler un écrivain monsieur. Dire: Monsieur Gide ou monsieur Tournier, c'est un peu lui dénier la qualité d'auteur.
Je les leur rendis donc, ces prénoms, avec le sentiment de pénétrer un boudoir de linon et de satin, de toucher du doigt des mousselines, des mailles de nylon ou de soie. Je les rangeai comme des poupées ou de petits soldats dans des coffrets que j'étiquetai (mais seulement pour mieux m'y retrouver): les spirituelles, les violentes, les romantiques sociales, les fins de siècle...
Certaines me laissent encore une frustration, car il est très difficile de se procurer leurs oeuvres à bon marché ou dans les bibliothèques ; qui dirait que Marcelle Tynaire fut un jour plus lue que Colette ?
Je m'amusai à supputer ce que Montesquieu doit à madame de Lambert ou Stendhal à Duras (Claire, pas Marguerite). Et ce que Chateaubriand dérobe à Félicité (de Genlis). J'aimais ces rendez-vous ,qui avaient la fraîcheur d'une fenêtre ouverte, tant il est vrai, comme le dit une critique, que les textes de ces femmes ont presque toujours mieux vieilli que ceux des hommes.( F. LE GUENNEC: L'Oeuf sur le jet d'eau, Ed. du Paradis, 2008)