LITTERATURE FEMININE MODERNE

Publié le par Frans LE GUENNEC

"Moderne" parce que la littérature n'attendit pas l'ère moderne pour être féminine: on connaît  des auteures dès le IX° siècle. Ces femmes écrivent alors en latin, ça va de soi, et font dans le genre didactique, auquel les femmes seront toujours attachées.
Je donne dans le cadre de l'Université pour Tous de Puisaye-Forterre (si, si,on trouve cela sur les cartes, à cheval sur les départements de l'Yonne et de la Nièvre) un cours hebdomadaire consacré à la littérature féminine.

Si je n'ai pas confronté mes étudiants à Christine de Pisan, dont j'admire les vertus comme la poésie, c'est à cause de la langue; nous n'aurions pas pu passer sous silence les particularités de ce français du XIVème siècle, ni celles de la versification. En revanche, je consacrai une saison aux auteures depuis la Révo­lution. Je remontai même au Grand siècle pour leur présenter Catherine d'Aulnoy; si l'on a oublié le conte, tout le monde emploie l'expression « comme l'oiseau bleu » et c'est trop injuste qu'on ne lui rende pas la maternité de ce motif. Sur ma lancée, je leur fis découvrir les Lettres neuchâteloises, de Belle de Charrière, avant d'arriver aux femmes de la Révolution: Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, et surtout Manon Roland.

En la matière, formé par des hommes en un temps où l'enseig­nement et surtout la recherche critique ne s'étaient pas encore féminisées au point que l'on sait, j'avais moi- même beaucoup à découvrir. Je connaissais les deux femmes par siècle consacrées par les histoires de la littérature – et quelques autres par leur seul nom d'épouse. J'ignorais les prénoms, le patronyme était précédé de Madame de... (alors qu'il est mauvais goût d'appeler un écrivain monsieur. Dire: Monsieur Gide ou monsieur Tournier, c'est un peu lui dénier la qualité d'auteur.

 

Je les leur rendis donc, ces prénoms, avec le sentiment de pénétrer un boudoir de linon et de satin, de toucher du doigt des mousselines, des mailles de nylon ou de soie. Je les rangeai comme des poupées ou de petits soldats dans des coffrets que j'étiquetai (mais seulement pour mieux m'y retrouver): les spirituelles, les violentes, les romantiques sociales, les fins de siècle...

 

Certaines me laissent encore une frustration, car il est très difficile de se procurer leurs oeuvres à bon marché ou dans les bibliothèques ; qui dirait que Marcelle Tynaire fut un jour plus lue que Colette ?

 

Je m'amusai à supputer ce que Montesquieu doit à madame de Lambert ou Stendhal à Duras (Claire, pas Marguerite). Et ce que Chateaubriand dérobe à Félicité (de Genlis). J'aimais ces rendez-vous ,qui avaient la fraîcheur d'une fenêtre ouverte, tant il est vrai, comme le dit une critique, que les textes de ces femmes ont presque toujours mieux vieilli que ceux des hommes.( F. LE GUENNEC: L'Oeuf sur le jet d'eau, Ed. du Paradis, 2008)


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Publié dans Etudes

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