Lundi 7 avril 2008

Le plus bourguignon

des livres de François LE GUENNEC

L'Oeuf sur le jet d'eau est un hymne à la féminité. On y trouve douze douzaines de croquis de femmes, des femmes réelles, des femmes virtuelles, des femmes héroïques, des femmes ordinaires, des jeunes, de très vieilles, de très gentilles, de très nulles (mais celles-là il n'y en a guère !)

C'est aussi le récit d'une éducation sentimentale. Moins pessimiste cependant que celle de Flaubert.

L'Oeuf sur le jet d'eau est intitulé d'après un poème de Jean Cocteau :

Mon coeur est l'oeuf qui danse

sur le haut du jet d'eau

On ne peut pas se perdre : certains chapitres indiquent le mode d'emploi, le chemin à suivre. C'est le plus facile de mes livres, on peut le lire au premier degré, même s'il est caractéristique de la littérature à notre époque.

C'est aussi le plus bourguignon. Comme je rappelle des histoires de l'Yonne et de toute la Bourgogne, on peut s'amuser à y reconnaître des lieux connus, à Auxerre, à Avallon, à Toucy ou à Dijon; ou même des personnalités du monde politique mais surtout artistique, en particulier des musiciens.

La couverture reproduit une aquarelle de mon ami Hosotte, avec qui j'ai déjà réalisé Esquisses voilà deux ans – c'était effectivement une ébauche du présent livre.

L'Oeuf sur le jet d'eau est mon cinquième ouvrage. Il est disponible dans les bonnes librairies ou auprès de l'auteur : fleguennec@gmail.com. Et postal :Editions du paradis, 17 rte de chablis 89800 Lichères.



par FRANS publié dans : Etudes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 19 février 2008

Le texte qui suit est extrait de la présentation par Marie Odile DELACOUR et Jean René HULEU des nouvelles algériennes d'isabelle EBERHARDT (éd. Liana Lévi, 5° édition, 1998)

Isabelle [...] signe ses articles dans les journaux d'Alger du nom de Mahmoud Saadi. Ce personnage énigmatique, vêtu d'un burnous blanc et coiffé du turban des nomades, ne peut manquer d'attirer l'attention des journalistes venus accompagner le président Émile Loubet en visite officielle en Algérie. Pourtant, si elle n'en avait pas fait la confidence, aucun des reporters n'aurait deviné que ce grand jeune homme désinvolte, au regard volontaire, était une femme.
 

Au moment où la conquête des territoires du Sud n'est pas encore achevée et où certains posent encore la question de l'utilité de la colonisation, Isabelle Eberhardt adopte une démarche inverse de celle des colons: elle va vers la société musulmane pour s'y fondre. Voilà un comportement propre à exciter l'imagi­nation des reporters réunis en banquet, enchantés de découvrir à Alger une «consœur» aussi originale.

 

Personnage fascinant pour la métropole - l'orienta­lisme est à la mode et l'on découvre enfin qu'il existe de par le monde d'autres grandes civilisations - surtout quand on le compare à la Kahena, la guerrière berbère de l'Aurès qui parcourait les tribus pour y prêcher la haine de l'en­vahisseur.

 

Personnage irritant, pour les colons évidemment, mais pour beaucoup d'autres aussi parce que insaisissable et entouré de mystères. Mystères qu'Isabelle contribue parfois à épaissir, notamment quand il est question de ses origines.

 

Le père qu'elle désigne au début de sa lettre à la Petite Gironde n'a certainement jamais existé et jamais elle n'en a livré le nom. L'acte de naissance de cette exilée volontaire, comme celui d'une fille naturelle, ne stipule que le nom de sa mère - Nathalie, Charlotte, Dorothée Eberhardt - née â Moscou et veuve depuis 1873 (soit quatre ans avant la naissance d'Isabelle) du général Paul Carlowitch de Moerder, aide de camp du tsar.

 

En réalité « Mahmoud Saadi» est l'héritier d'une lignée de femmes. Sa mère ne porte pas non plus le nom de son père, le Russe Nicolas Korf, mais le patronyme de sa propre mère, Eberhardt.Ainsi la vie d'Isabelle-Mahmoud débute par une énigme. II n'est pas impossible qu'elle-même n'ait jamais su qui-était son père. On dirait qu'elle joue autour de ce thème: dans d'autres lettres, elle évoque un père médecin turc musulman...

 

Aucun de ses biographes n'a pu apporter de réponse satisfaisante sur ce point. La plupart, en particulier Victor Barrucand et Robert Randau, qui tous deux ont connu Isabelle de son vivant et ont été ses amis, ses défenseurs, ont attribué cette paternité à celui qu'elle désigne dans sa lettre à la Petite Gironde comme son «vieux grand'oncIe». Il s'agit d'Alexandre Trophimowsky, arménien, pope défroqué qui fut le précepteur des cinq enfants de madame de Moerder. Mais il fit mieux: ce libre penseur bouleversa l'existence de la famille en séduisant la générale, fuyant avec elle et sa progéniture l'étouffante société tsariste de Saint- Pétersbourg.

 

D'autres auteurs ont poussé la hardiesse beaucoup plus loin, notamment Pierre Arnoult, spécialiste d'Arthur Rimbaud, dont les thèses furent reprises par Françoise d'Eaubonne dans La Couronne de sable (Flammarion, 1967). II attribua au poète maudit la paternité d'Isabelle.
Isabelle Eberhardt, fille de l'homme aux semelles de vent ? Séduisante hypothèse mais qui ne s'appuie sur aucun élé­ment irréfutable. Pierre Arnoult établit sa conviction sur trois présomptions: une ressemblance frappante entre deux photographies; la singularité du choix des prénoms - Isabelle, comme la sœur préférée de Rimbaud, Wilhe­mine, comme la reine de Hollande, dans l'armée de laquelle Rimbaud s'était engagé pour partir â Java; le fait qu'un mois auparavant, à l'époque de la conception d'Isabelle, il avait séjourné dans les Alpes et proba­blement à Genève .

 

Plus convaincante reste la similitude de ces deux des­tinées météoriques, une même fascination de l'ailleurs et un silence trop précoce. Mais faut-il vraiment s'étonner de cette sorte de filiation spirituelle issue d'une époque où des Européens cherchaient à échapper au XIX° siècle étriqué pour partir â l'aventure vers des terres vierges de tous préjugés bourgeois ?

Marie Odile DELACOUR et Jean René HULEU

par FRANS publié dans : Etudes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 6 février 2008

Boucoyran est le seul enfant noble du collège. Daniel n'a aucune sympathie pour lui : Daudet aime les déshérités. Mais au-delà de cette empathie, il y a chez lui un besoin d'humiliation manifeste. Ainsi s'explique qu'il noircisse le tableau de son séjour à Sarlande en insistant sur les misères que lui infligent les collégiens, et qu'il se laisse accuser sans protester à la place du maître d'armes. Ainsi s'explique également le ridicule de la deuxième partie, dans laquelle il se laisse mener par le bout du nez par une actrice de troisième zone. Même si - vraisemblablement - il y a là une part d'autobiographie, même s'il s'agit d'une transposition de ses amours avec Marie Rieu, Daudet insiste comme à plaisir sur ses propres ridicules, ses naivetés, ses velléités sans lendemain, avec une complaisance qui nous semble excessive. Dans ses relations réelles avec Marie, il n'a pas toujours -semble-t-il- eu le mauvais rôle: c'est lui qui cherche à rompre, à plusieurs reprises, lorsqu'il comprend quel est véritablement le passé de sa maîtresse, puis lorsqu'il cherche à se défaire d'une liaison qui devient trop encombrante pour sa réussite et pour son indépendance. C'est elle qui l'attend des heures sur le pas de sa porte, et qui le menace de faire du scandale. Daudet chercherait-il à l'oublier? Quand il relate les faiblesses de Daniel, ferait-il preuve de complaisance vis à vis d'Alphonse ? Ce n'est pas à exclure. Mais après l'épisode de Sarlande, on imaginerait mal un Petit Chose cynique et désabusé congédiant une Irma Borel désespérée.

S'il a bien retracé l'insistance possessive d'Irma Borel, il a quelque peu transformé le personnage de Daniel, en accentuant ses faiblesse. mais en gommant du même coup une dureté réelle que le véritable Alphonse se reprochera longtemps. Et qui réapparaîtra dans deux textes tardifs: Sapho et La Fédor. Dans ces deux romans, le héros se lie avec une femme de mœurs légères, et ne parvient plus à sortir de cee enfermement qu'au prix d'hésitations et d'atermoiements, sources de culpabilité. L'ambivalence, on le voit, n'est pas que dans la fiction.

Trois textes au moins, parmi les Lettres, sont révélateurs de ces relations sadomasoçhistes : la Diligence de Beaucaire, les Deux Auberges et L'Arlésienne.

 

Dans le premier, on assiste à une resexualisation inattendue qui apparaît d'entrée de jeu d'une façon que l'on pourrait à première vue tenir pour gratuite: les passagers de la diligence se disputent à propos de religion - sujet sublime s'il en est - et l'échange se termine par des propos de mauvais goût sur la conduite de la Vierge Marie en Palestine. C'est sur ce fond que se déploient le masochisme évident du rémouleur et le sadisme du boulanger. Le premier apparaît particuliè­rement significatif dans la mesure où son masochisme se laisse voir à deux niveaux: dans le récit de Daudet d'une part, dans celui du boulanger d'autre part. Du reste cette lettre n'a guère d'autre but que de faire partager au lecteur un peu de la souffrance du malheureux.

Jean LE GUENNEC: La grande affaire du petit chose, L'Harmattan (L'Oeuvre et la psyché) 2006.

par FRANS publié dans : Etudes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 5 février 2008

« Les porteurs de lunettes essuient machinalement leurs verres vingt fois par jour, s'accoutument à progresser der­rière une constellation de gouttelettes qui diffractent le paysage, le morcellent, gigantesque anamorphose au milieu de laquelle on peine à retrouver ses repères: on se déplace de mémoire. » (Les Champs d'honneur, p. 15) Outre le fait que la question de la myopie pose son empreinte sur toute la jeunesse du narrateur et qu'elle refera surface de manière cruciale dans L'invention de f'auteur, on ne peut s'empêcher de trouver 1I posteriori ce passage quasi­prophétique. Car l'œuvre roualdienne n'est-elle pas le fruit d'un incessant travail de la mémoire, une recherche obstinée de la bonne distance d'avec le monde qui permettrait de décrypter ses lignes déformées, une farouche et opiniâtre condensation de l'énergie attachée à cerner l'origine du désir d'écrire et le lien qu'il entretient avec la myopie de l'auteur ?

Selon le même procédé, Pour vos cadeaux contient le titre du roman suivant Sur la scène comme au Ciel. En effet, le qua­trième opus s'achève sur la mort de la mère, prise par traîtrise par la maladie, alors que dans son magasin elle luttait vaine­ment pontre l'adversité, pendant que les travaux de rénovation du village provoquaient des inondations fatales à ses réserves de porcelaines et de cristaux. Une mort « à la Molière» : « Vous vous rangez à l'avis de votre jeune sœur qui prophétise que votre mère mourra comme Molière, en scène, c'est-à-dire qu'on la retrouvera un matin enlaçant sa caisse, ou étendue parmi les fleurs artificielles de la Toussaint. Nous tombons d'accord. Pour elle, ce serait la meilleure fin. Et pour nous un, oui, un heureux dénouement à cette pièce dont nous entamons avec inquiétude l'épilogue.» (Pour vos cadeaux, 11-3, p. 168) La scène, c'est le commerce d'Annick Rouaud, ce qui représente une bonne partie de sa vie; le ciel évoque sa mort, mais non sa disparition puisque c'est seulement à partir de ce moment-là que Jean Rouaud parviendra à écrire librement sur sa mère, et d'une certaine façon s'efforcera de lui insuffler à nouveau la vie, jusqu'à lui donner la parole à travers des interventions post mortem. En revanche, L'invention de l'auteur n'est annoncé que bien plus discrètement dans les romans précédents et son arrivée est presque inattendue, puisque la fin de Sur la scène comme au Ciel semble consacrer la sérénité enfin retrouvée et le repos promis aux illustres familiers: « Après avoir beaucoup abusé de vous, de votre temps de vie, je vous rends à vous­mêmes, mes familiers illustres, je vous laisse en paix. » (ibid, V -1, p. 189) C'est une heureuse surprise de voir paraître cette œuvre dans la lignée de l'histoire familiale, puisqu'elle justifie­ra in fine les fondements même de l'écriture rouald ienne et re­viendra, de manière critique cette fois, sur les motifs les plus importants qui ont traversé toute l'oeuvre.

par FRANS publié dans : Etudes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 5 février 2008

Je commence le livre que Sylvie FREYERMUTH1 consacre à l'oeuvre de Jean ROUAUD. C'est un travail comparable à celui qu'a mené jadis G.GENETTE à propos de PROUST, comme l'ensemble des romans de Jean ROUAUD compose une Recherche de soi-même et du temps perdu. Sylvie trace des allées dans ce parc immense - près de treize cents pages – y découpe des îlots, afin d'aider et l'oeil et la mémoire.

Au fait, savez-vous qui est Jean ROUAUD ? Je vous parle là d'un temps que les moins de vingt-cinq ans ne connaissent sûrement pas. En 1990, le prix Goncourt est attribué à une production des éditions de Minuit – le lauréat ne peut pas être Galligrasseuil tous les ans – intitulé Les Champs d'honneur. On découvre avec sympathie la bobine de son auteur, un jeune homme qui vend des billets de loterie dans une guérite à la sortie du métro.

Cette distinction, si elle améliore son ordinaire, ne change pas les habitudes de Jean, qui continue d'écrire la recherche d'une identité, laquelle peu à peu se mue, comme celle de Marcel, en un dialogue qu'il pourrait appeler L'écriture et moi. Des hommes illustres paraît en 1993, Le monde à peu près, encore trois ans plus tard. Pour vos cadeaux (1998), c'est le roman de la mère, comme les précédents étaient respectivement roman du père et roman du fils. Sur la scène comme au ciel (1999) est déjà un livre sur l'écriture, sur le parcours littéraire, ce que sera absolument en 2004 L'invention de l'auteur, gros livre de 323 pages.

Pour vous mettre en appétit, et pour choisir votre côté, côté de Guermantes (côté critique) ou côté de Méséglise (côté lecteur) lisez ci-contre une page de l'une et une page de l'autre !

1Jean ROUAUD et le périple initiatique, une poétique de la fluidité, L'Harmattan (critiques littéraires) 2006.

par FRANS publié dans : Etudes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 31 janvier 2008
"Moderne" parce que la littérature n'attendit pas l'ère moderne pour être féminine: on connaît  des auteures dès le IX° siècle. Ces femmes écrivent alors en latin, ça va de soi, et font dans le genre didactique, auquel les femmes seront toujours attachées.
Je donne dans le cadre de l'Université pour Tous de Puisaye-Forterre (si, si,on trouve cela sur les cartes, à cheval sur les départements de l'Yonne et de la Nièvre) un cours hebdomadaire consacré à la littérature féminine.

Si je n'ai pas confronté mes étudiants à Christine de Pisan, dont j'admire les vertus comme la poésie, c'est à cause de la langue; nous n'aurions pas pu passer sous silence les particularités de ce français du XIVème siècle, ni celles de la versification. En revanche, je consacrai une saison aux auteures depuis la Révo­lution. Je remontai même au Grand siècle pour leur présenter Catherine d'Aulnoy; si l'on a oublié le conte, tout le monde emploie l'expression « comme l'oiseau bleu » et c'est trop injuste qu'on ne lui rende pas la maternité de ce motif. Sur ma lancée, je leur fis découvrir les Lettres neuchâteloises, de Belle de Charrière, avant d'arriver aux femmes de la Révolution: Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, et surtout Manon Roland.

En la matière, formé par des hommes en un temps où l'enseig­nement et surtout la recherche critique ne s'étaient pas encore féminisées au point que l'on sait, j'avais moi- même beaucoup à découvrir. Je connaissais les deux femmes par siècle consacrées par les histoires de la littérature – et quelques autres par leur seul nom d'épouse. J'ignorais les prénoms, le patronyme était précédé de Madame de... (alors qu'il est mauvais goût d'appeler un écrivain monsieur. Dire: Monsieur Gide ou monsieur Tournier, c'est un peu lui dénier la qualité d'auteur.

 

Je les leur rendis donc, ces prénoms, avec le sentiment de pénétrer un boudoir de linon et de satin, de toucher du doigt des mousselines, des mailles de nylon ou de soie. Je les rangeai comme des poupées ou de petits soldats dans des coffrets que j'étiquetai (mais seulement pour mieux m'y retrouver): les spirituelles, les violentes, les romantiques sociales, les fins de siècle...

 

Certaines me laissent encore une frustration, car il est très difficile de se procurer leurs oeuvres à bon marché ou dans les bibliothèques ; qui dirait que Marcelle Tynaire fut un jour plus lue que Colette ?

 

Je m'amusai à supputer ce que Montesquieu doit à madame de Lambert ou Stendhal à Duras (Claire, pas Marguerite). Et ce que Chateaubriand dérobe à Félicité (de Genlis). J'aimais ces rendez-vous ,qui avaient la fraîcheur d'une fenêtre ouverte, tant il est vrai, comme le dit une critique, que les textes de ces femmes ont presque toujours mieux vieilli que ceux des hommes.( F. LE GUENNEC: L'Oeuf sur le jet d'eau, Ed. du Paradis, 2008)


par Frans LE GUENNEC publié dans : Etudes
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
 
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus